Napoléon III aurait 200 ans cette année.
Né le 20 avril 1808, à Paris,
mort le 9 janvier 1873 à Chiselhurt ( Angleterre) ;
fils de Louis Bonaparte, Roi de Hollande
et de Hortense de Beauharnais.
Loin de moi l'idée de faire un grand ouvrage commémorant le bicentenaire de la naissance de Charles, Louis-Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III).
Je ne me lancerai pas non plus dans une biographie, qui tout au long de ses 400 pages (voire plus) analyserait, décortiquerait, tenterait d'expliquer la vie, la politique et la mort du dernier Empereur des Français.
Non, tout cela est par trop ambitieux et je ne veux pas rivaliser avec tous ces grands écrivains qui ont prêté leurs plumes pour témoigner de cette époque (le plus illustre étant sans doute Victor Hugo).
Je vais donc, simplement, au cours des lignes qui vont suivre, apporter ma modeste contribution en tentant de faire revivre certains aspects de la politique d'alors.
Le 9 janvier 1873, mourait en Grande Bretagne, Napoléon III.
Détesté des uns, adulé des autres. Aucun Chef d'Etat français n'aura autant été critiqué, calomnié, tourné en dérision par les caricatures parues dans les tabloïdes de l'époque.
Pour beaucoup d'entre nous, c'est le Prince-Président, le Coup d'Etat du 2 décembre 1851, le développement industriel de la France et, enfin, la défaite de Sedan. Certains évoqueront l'aménagement de Paris et d'autres les « Folies Offenbach ».
Napoléon III, c'est, certes, tout cela ; mais, c'est aussi pêle-mêle, le rattachement de la Savoie et du Comté de Nice à la France, le droit de grève, le progrès de l'instruction publique, le suffrage universel et une véritable politique sociale.
Loin du portrait du gouvernant autoritaire, prônant l'ordre moral et « mesurant » la liberté de la presse, qui était vraiment Louis-Napoléon Bonaparte ?
Fils de Roi, neveu d'Empereur, premier Président de la République et dernier souverain régnant de notre histoire. Figure majeure du 19ème siècle, il en incarne l'esprit, la diversité, les contradictions.
Homme de réflexion et d'action, romantique et réaliste, autoritaire et libéral, apôtre de la paix et fauteur de guerre. Complexe, il a longtemps été incompris.
UNE JEUNESSE TUMULTUEUSE.
Le 20 avril 1808, au Château des Tuileries, à Paris, Hortense de Beauharnais, fille de l'Impératrice Joséphine, met au monde un petit garçon : Charles Louis-Napoléon. Son père, Louis Bonaparte est Roi de Hollande.
L'Empire instauré par son oncle Napoléon 1er, en 1804, est à son apogée.
La défaite de Waterloo et l'exil de son oncle à Sté Hélène va forger la destinée du jeune homme.
La loi du 1er janvier 1816, bannissant tous les « Bonaparte » du territoire français, lui fait connaître son premier exil. Sa mère, la Reine Hortense, s'installe en Suisse avec ses deux fils . Elle y élèvera ses garçons dans le culte de leur oncle et dans la certitude de la vocation dynastique.
Après des études à Augsbourg et à l'Ecole d'Artillerie de Thun, le jeune Louis-Napoléon s'engage en 1830, dans l'armée suisse. Il y obtient le grade de Capitaine d'Artillerie.
Volontaire, passionné, peut-être même, un rien aventureux, il participe très jeune à des actions politiques.
En 1831, il prend part à l'insurrection des Romagnes contre le Pape.
1832, sera l'année clef de sa destiné. La mort du Duc de Reichstadt, le 22 juillet, fait de lui le Chef de file du parti bonapartiste ( son frère aîné étant décédé en 1831).
Il élabore un programme politique et organise des réseaux, en France, en vue de sa prise de pouvoir.
Il reprendra les grandes lignes de ce programme, basé sur le césarisme démocratique dans « Les Idées Napoléoniennes » parues en 1839.
Persuadé de sa légitimité, le 30 octobre 1836, il tente avec une poignée de partisans, un soulèvement destiné à renverser Louis-Philippe. Son plan : marcher sur Paris en rassemblant sur son passage les troupes et les populations. Il choisit Strasbourg pour sa situation géographique.
Mais, l'opération tourne court. Le Prince et ses complices sont arrêtés.
Son père et ses oncles condamnent aussitôt cette tentative. Seule, la Reine Hortense ose demander à Louis-Philippe de laisser son fils quitter la France. Le Roi accepte et fait conduire le Prince à Lorient ; où, muni d'une somme d'argent, il est embarqué, le 21 novembre 1836, à bord de « l' Andromède », à destination des Etats-Unis. Il y arrivera le 30 mars 1837.
En France, les insurgés sont jugés à Strasbourg par la Cour d'Assise. Ils sont acquittés par le jury sous les acclamations du public, le 18 janvier 1837.
Si cette tentative est un échec, elle a cependant fait connaître le Prince Louis-Napoléon, héritier du bonapartisme.
Mais le Prince ne reste pas longtemps outre-Atlantique. Dès 1838, il rentre en Europe et se réinstalle en Suisse, au château d'Arenberg.
La Monarchie de Juillet supporte mal la proximité de ce « fauteur de troubles ». Et, en juin 1838, lorsque paraît une brochure intitulée « Relation historique des évènements du 3o octobre 1836 », véritable apologie du bonapartisme, c'en est trop. Paris demande alors à la Suisse, en aout 1838, l'expulsion du Prince.
La Confédération suisse, indignée, invoque la qualité de « Bourgeois de Thuringe » de Louis-Napoléon et refuse son expulsion. En effet, en 1832, celui-ci a obtenu la nationalité suisse. A ce sujet, certains historiens diront plus tard que « Louis-Napoléon aura été le seul Suisse à régner sur la France ».
Le 22 aout, le Prince annonce son intention de s'installer en Angleterre.
L'ANGLETERRE.
Depuis Londres, Louis-Napoléon prépare une nouvelle tentative de coup d'état.
Ayant hérité de sa mère, il fait éditer « Les Idées Napoléoniennes ».
Au début de 1840, dans les « Lettres de Londres », diffusées largement en France, on découvre « ce Prince qui ose, seul et sans appui, entreprendre la grande mission de continuer l'œuvre de son oncle »…
Et, le 6 août 1840, profitant de la ferveur suscitée par la décision du cabinet Thiers de ramener de Sainte Hélène, les cendres de l'Empereur ; il débarque à Boulogne accompagné de quelques fidèles, avec l'intention de renverser Louis-Philippe. Mais, cette fois encore, c'est un échec total. Le Prince est arrêté, jugé et condamné à la détention à perpétuité.
Il est écroué au Fort de Ham.
LE FORT DE HAM.
Durant les six années de sa détention, il va se pencher sur la situation dramatique des classes défavorisées et élaborer une doctrine sociale, base de sa future politique .
« L' Extinction de paupérisme [1] » paraît en 1844. Dans ce livre-programme, il affirme notamment que répandre l'instruction, c'est vaincre le paupérisme et qu'il « faut donner des droits et un avenir à la classe ouvrière ».
En empruntant les vêtements et l'identité d'un maçon nommé « Badinguet », il s'échappe du Fort de Ham. « Badinguet » , un surnom que l'on retrouvera dans les pamphlets contre Napoléon III.
LE PRINCE PRESIDENT.
En mai 1846, le Prince Louis-Napoléon, évadé du Fort de Ham, trouve refuge en Angleterre. Louis-Philippe préférant ignorer cette situation, ne demande pas à Londres une extradition qui lui aurait été, sans doute, refusée.
La Monarchie de Juillet est confiante ; mais, l'horizon ne va pas tarder à s'assombrir. Les récoltes de 1846 sont mauvaises, des inondations ravagent le pays de Loire. La misère frappe les classes populaires et des émeutes éclatent.
L'effondrement des valeurs en Bourse provoque un marasme économique. Le chômage sévit et le nombre des indigents s'accroît.
Le Roi croit à une crise passagère. Il n'en est rien.
En février 1848, la Révolution éclate. Louis-Philippe est contraint d'abdiquer. Et, le 24 février, la République est proclamée.
Tout s'est écroulé en trois jours.
L'immobilisme politique du Roi et son manque d'intérêt pour les problèmes sociaux ont emporté la monarchie…
Louis-Napoléon Bonaparte décide de se présenter aux élections de juin 1848.
Une femme, Elizabeth-Ann HARYET, dite Miss Harriet Howard (dont il est l'amant), va financer sa campagne électorale.
Elu dans cinq départements, il siège à l'Assemblée, en septembre. Le 4 novembre 1848, la Constitution de la IIème République est promulguée. L'élection du Président de la République, au suffrage universel masculin, est fixée au 10 décembre.
Cinq candidats entrent en lice : Cavaignac, Lamartine, Ledru-Rollin, Raspail et… Louis-Napoléon Bonaparte.
Ce dernier apparaît, aux yeux de ses rivaux, trop insignifiant pour être dangereux. Le résultat du scrutin leur prouvera le contraire.
Le Prince est élu avec près de 75 % des suffrages (5 464 000 voix), issus principalement du Parti de l'Ordre.
Le 20 décembre, le nouveau Président prête serment de fidélité à la Constitution et, s'installe, le soir même, à l'Elysée.
1849 : les élections du 13 mai, donnent la victoire aux conservateurs avec plus de 450 élus.
La IIème République ? Une chambre à majorité royaliste, ayant comme Président, un Prince qui cache bien mal ses ambitions.
185O : L'échéance du mandat présidentiel approche et, selon la Constitution qui limite largement le pouvoir du Président, Louis-Napoléon n'est pas rééligible. Aussi, va-t-il concentrer tous ses efforts pour tenter d'obtenir la révision de cette constitution. Il propose d'augmenter la durée du mandat présidentiel. Mais, ses efforts sont vains.
Pour lui, désormais, l'alternative est claire :
- ou se retirer de la vie politique,
- ou tenter un coup d'état.
1851 : Tout au long de cette année, il multiplie ses tournées en province. Il y est acclamé, non seulement, par les paysans, nostalgiques de l'Empire, mais aussi, par les ouvriers favorables aux idées qu'il développe. Ils apprécient cet homme qui s'est penché sur leur sort.
Défense de l'ordre, de la propriété, de la religion, des ouvriers et des paysans, telles sont les idées, simples, de son programme.
Il ne reste plus au Prince-Président qu'à proposer à l'Assemblée Législative le rétablissement du suffrage universel, abrogé par celle-ci, en 1850.
Cette dernière repousse ce projet de loi. Le piège tendu par Louis-Napoléon s'est refermé. Il peut envisager son coup d'Etat.
2 décembre 1851 : soit 47 ans, jour pour jour après le sacre de Napoléon 1er, la France, en se réveillant, apprend par voie d'affiches, « au peuple » et « à l'armée », la dissolution de l'Assemblée et du Conseil d'Etat, le rétablissement du suffrage universel et la convocation des électeurs en vue d'un plébiscite.

Affiche annonçant la dissolution de l'Assemblée Nationale et la convocation des électeurs.
Janvier 1852 : une nouvelle Constitution est adoptée. Tout en conservant une apparence républicaine, elle établit, de fait, un régime personnel.
La durée du mandat présidentiel est portée à dix ans. Le pouvoir exécutif est confié au Président qui nomme les Ministres. Celui-ci peut consulter le peuple par plébiscite. Le Corps Législatif, élu au suffrage universel, vote les projets de loi. Gardien de la Constitution, le Sénat peut s'opposer aux lois et modifier celles-ci par Sénatus-Consulte.
Dès les premiers mois de 1852, une série de décrets facilitant le crédit créent les conditions nécessaires à une reprise industrielle. La construction de nouveaux chemins de fer est commencée. Le chômage régresse.
« L' EMPIRE C' EST LA PAIX »
Conforté par les résultats du plébiscite (il a obtenu une majorité exceptionnelle) , Louis-Napoléon va maintenant préparer l'opinion publique au rétablissement de l'Empire.
Le Code Civil reprend le nom de Code Napoléon. Des aigles ornent à nouveau les grilles des Tuileries.
Pour s'assurer du ralliement de la province, il entreprend, en septembre et octobre 1852, un « voyage d'interrogation » à travers la France.
Le 9 octobre, à Bordeaux, il conclut son discours par « l'Empire c'est la paix ». La population l'acclame. Il ne reste plus au Prince-Président qu'à passer à l'action.
Le 7 novembre 1852, un sénatus-consulte rétablit la dignité impériale et le plébiscite des 21 & 22 novembre confirme ce sénatus-consulte par 7 824 000 voix pour le rétablissement de l'Empire et 253 000 voix contre.
Le peuple a clairement défini ses aspirations. Les puissances européennes sont rassurées.
Le 2 décembre 1852, le Prince Louis- Napoléon Bonaparte devient NAPOLEON III, Empereur des Français.

Bulletin du plébiscite du 21 novembre
NAPOLEON III.
« Il est impossible de ne pas l'aimer », disait de lui, George Sand.
Cet homme, sur lequel ses contemporains porteront un jugement sévère, sous estimé des uns , méprisé des autres, est doté de réelles qualités de cœur et d'une remarquable intelligence politique et diplomatique.
Il cache sa timidité et ses émotions derrière un visage impénétrable, impassible. Il fait, toutefois, toujours preuve de délicatesse dans ses rapports avec son entourage.
Autoritaire, certes, Napoléon III a reçu du peuple les pleins pouvoir et il entend les assumer, gouvernant seul. Il a tendance à considérer ses Ministres comme les exécutants de ses décisions. Lors du Conseil, il les laisse s'exprimer sans intervenir, les écoutant attentivement en fumant cigarette sur cigarette ; mais, il ne tient pas pour autant compte de leurs arguments.
Hostile au parlementarisme, il donne à son régime des bases populaires, maintenant le suffrage universel et consultant fréquemment les Français par la voie du plébiscite .
Fervent partisan de la civilisation industrielle et admirateur de la modernité britannique, il favorise le développement économique et financier sans oublier d'œuvrer pour l'amélioration de la condition ouvrière. Sa préoccupation envers les plus pauvres est sincère.
Se méfiant du pouvoir de la presse, il met en place une censure rigoureuse. Les journaux, avant de paraître doivent recevoir une autorisation préalable. De plus, ils sont contraints de publier les communiqués du gouvernement.
La justice est rendue en son nom.
Enfin, l'Empereur a le droit de déclarer la guerre ou de conclure des traités de paix ou de commerce.

Emblème du Second Empire, en utilisant les symboles du 1er Empire, Napoléon III affirme son héritage et sa légitimité.
Et puis, qui dit Empire, dit dynastie. Or, Napoléon III est célibataire.
Soucieux d'établir sa descendance, il lui faut trouver une épouse.
Les alliances avec les Cours d'Europe lui étant refusées, il va faire un mariage « de cœur ».
Le 30 janvier 1853, il épouse Eugénie de Montijo de Guzman, Comtesse de Teba.
Le 16 mars 1856, Eugène Louis-Napoléon vient au monde. L'avenir de la dynastie est assuré. Le Pape sera le parrain de l'héritier du trône.

Portrait officiel de l'Empereur
POLITIQUE INTERIEURE.
« L' Impératrice est légitimiste, Morny orléaniste, moi, je suis socialiste. Seul Persigny est bonapartiste, mais il est fou. »
Cette boutade de l'Empereur résume les contradictions voire les oppositions dues à la nature composite de ses idées.
L'autoritarisme du régime se double d'un libéralisme qui permet au capitalisme industriel de s'implanter dans un pays aux structures, jusqu'ici encore, archaïques.
Au cours de ses voyages, qui, en 1852, l'ont amené à parcourir le pays pour recueillir l'adhésion de ses concitoyens, Napoléon III a affirmé sa détermination de faire de la France un grand état moderne. Développer l'industrie, rénover le commerce, créer des moyens de communication efficaces, transformer le code urbain et améliorer les conditions sociales. Cette politique qu'il met en place va,
en moins de vingt ans, provoquer un essor économique sans précédent. Le revenu national progresse de 50 %. Napoléon III réalise ses aspirations profondes et il est persuadé que le progrès social ne peut exister sans la modernisation de l'économie française et la prospérité.
La transformation de Paris en grande capitale européenne et mondiale est confiée au Baron Haussmann. Elle va modeler le visage du Paris du XXème siècle.
Parallèlement, l'Empereur encourage cette politique d'urbanisation dans les grandes et moyennes villes de France . Le réseau ferroviaire passe de 3 000 km à 20 000 km. Ce qui facilite le désenclavement de ces dernières et abolit les distances.
La révolution bancaire et la libéralisation du crédit permettent la création de grands établissements financiers comme le Crédit Mobilier, le Crédit Lyonnais ou la Société Générale, toujours présents actuellement.
La Bourse connait un âge d'or.
Les grands magasins, à rayons multiples voient le jour.
De grands centres métallurgiques se créent ( Le Creusot).
En 1854, la première ligne régulière des Messageries Maritimes entre la France et l'Algérie est ouverte . Et, en 1862, la Compagnie Générale Transatlantique relie l'Europe à l'Amérique.
A tout cela, il faut ajouter la réforme sur la législation des sociétés commerciales, la reconnaissance de la valeur des chèques et le statut des sociétés anonymes .
L'agriculture n'est pas oubliée. De nouvelles techniques de rendement et un engrais nouveau, le guano, améliorent la production agricole.
Et tandis qu'à Grignon et à Montpellier, on forme des ingénieurs agronomes, des grands travaux de drainage assainissent les Landes, la Sologne et le Doubs.
En 1860, pour permettre la circulation des marchandises entre la France et l'Angleterre, Napoléon III signe avec la Grande Bretagne l'institution du « Libre-Echange ».
Le 23 décembre 1865, naît l'Union latine monétaire qui réunit notamment la France, la Belgique, la Suisse et l'Italie.
En 1866, la loi sur l'instruction publique développe l'enseignement primaire et ouvre l'enseignement secondaire aux jeunes filles.
Parallèlement, on assiste à de formidables avancées sociales.
Napoléon III s'est toujours intéressé à la condition ouvrière. Certes, la politique de grands travaux et l'envolée industrielle multiplient les possibilités d'emploi ; mais le chômage pointe encore et aucune aide n'est prévue pour les sans emploi.
Pour venir en aide aux plus démunis, des mesures d'assistance sont mises en place. Les premiers systèmes de retraite et d'assistance-handicap voient le jour.
La création de crèches et de maisons de retraite complète cette politique sociale.
Enfin, pour permettre à ceux qui travaillent dans les usines de posséder un logement décent, les cités ouvrières sont construites.
En 1862, une délégation d'ouvriers est envoyée à Londres où se tient l'Exposition Universelle. Mandatée par l'Empereur, elle rencontre les représentants des « Trade Union », contacts décisifs pour le syndicalisme français.
En 1864, Napoléon III légalise le droit de grève ; et, en 1868, l'article du Code Pénal, attribuant au témoignage du patron plus de valeur qu'à celui de l'ouvrier, est supprimé.
POLITIQUE EXTERIEURE.
Napoléon III a pour objectif de faire de la France une grande puissance européenne et internationale. Il veut remodeler la carte de l'Europe et définitivement enterrer la coalition anti-française héritière du Traité de Vienne ( 1815). Il sait qu'il peut compter sur sa principale alliée, l' Angleterre.
Pour réussir, il est contraint d'engager la France dans des conflits européens (Crimée, Italie). Il intervient en faveur de l'unification italienne ( au détriment de l'Autriche) et annexe le Comté de Nice et la Savoie
Il favorise également l'expansion coloniale triplant la surface des possessions françaises.
Et, il ne faut pas oublier le rôle important de l'Empereur dans la naissance de la Roumanie indépendante.
L'expédition française au Mexique, pour soutenir Maximilien se solde par un échec cinglant et met fin à la politique volontariste de Napoléon III.
–> LA GUERRE DE CRIMEE :
Un désaccord à propos des lieux saints de Bethléem et de Jérusalem est à l'origine de la crise entre la France et la Russie. Deux communautés chrétiennes se disputent la garde de ces lieux : les orthodoxes, protégés par la Russie et les catholiques, protégés par la France.
Mais cela n'est qu'un prétexte. Le véritable but de l' Empereur est de renforcer les intérêts de la France au Moyen Orient.
Le 27 mars 1854, ayant renoncé à rallier l'Autriche à leur entreprise, la France et l'Angleterre déclarent la guerre à la Russie.
En janvier 1855, la Sardaigne entre à son tour dans le conflit aux côtés des deux alliés.
Le double commandement franco-britannique rencontre de graves difficultés pour l'acheminement des renforts, des vivres et des munitions. De graves épidémies de typhus et de choléra déciment les troupes.
Le 10 septembre 1855, après un siège de plusieurs mois, les Russes abandonnent Sébastopol. La guerre de Crimée est terminée. 120 000 hommes dont 95 000 Français y auront perdu la vie.
Le 30 mars 1856 est signé le Traité de Paris. Ce Traité accorde l'autonomie aux principautés danubiennes, à la Moldavie, à la Valachie et à la Serbie. Les Chrétiens de Turquie obtiennent l'égalité avec les Musulmans. La mer Noire est interdite aux flottes militaires russes et turques. C'est un grand succès pour Napoléon III qui confirma avec la Traité, le retour de la France dans la vie politique européenne.
–> L'ITALIE, NICE ET LA SAVOIE :
En juillet 1858, l' Empereur se rend à Plombières pour y prendre les eaux.
Il profite de son séjour dans cette station thermale pour rencontrer secrètement CAVOUR[2]. Durant cette entrevue de plus de sept heures, les deux hommes vont élaborer un plan destiné à libérer l'Italie de la présence autrichienne . En échange de son aide, la France doit recevoir Nice et la Savoie.
Le 26 janvier 1859, le Prince Jérôme , représentant l'Empereur, signe, à Turin, avec le Roi Victor-Emmanuel II, un Traité d'Alliance militaire entre la France et le Piémont. Il n'est plus question de la Confédération des Etats italiens, prévue à Plombières, mais de la création d'un royaume d'Italie du Nord.
Ce traité entraîne la France dans un conflit de plusieurs mois. La bataille de Solférino est particulièrement meurtrière : plus de 30 000 morts de part et d'autre et des centaines de milliers de blessés qui, faute de moyens, ne peuvent être soignés. Bouleversé par cet effroyable spectacle, un jeune Suisse, Henri Dunant, décide de créer un grand service humanitaire destiné à secourir les blessés sans distinction de nationalité : LA CROIX ROUGE.
Le 4 mars 1860, après bien des tractations diplomatiques, le Traité franco-sarde est signé. Il prévoit l'annexion des Etats d' Italie centrale au Piémont, Nice et la Savoie, à la France. Les Niçois et les Savoyards se prononcent à une majorité quasi-absolue pour leur rattachement à la France par les plébiscites du 15 avril, à Nice, et du 22 avril, en Savoie.
–> AFRIQUE, ASIE & POLITIQUE COLONIALE :
Alors que la France est engagée en Italie, à des milliers de kilomètres de là, l'influence française s'étend en Afrique, au Proche Orient et en Asie.
Pour des raisons de prestige et d'intérêt économique, Napoléon III attache une grande importance à l'expansion coloniale et à la présence française dans les pays arabes.
En Egypte, Ferdinand de Lesseps commence les travaux du Canal de Suez.
En Afrique, le Sénégal et Djibouti deviennent possessions françaises.
En Asie, aux côtés de l'Angleterre, les troupes françaises participent à une expédition contre la Chine ( les 55 jours de Pékin). La France s'installe en Cochinchine et en Nouvelle Calédonie. Le Cambodge devient protectorat.
DECLIN ET CHUTE DE L'EMPIRE.
L' Empereur souffre d'une maladie urogénitale, « la maladie de la pierre » comme on l'a nomme alors (dont les causes sont de douloureux calculs). Abruti par l'absorption massive de l'opium qui soulage ses douleurs, il devient de plus en plus influençable et abandonne petit à petit le pouvoir à son entourage.
Malheureusement, depuis 1865, son demi-frère et conseiller, le Duc de Morny n'est plus et c'est Eugénie qui impose ses vues.
L' engagement de la France au Mexique pour y instaurer une monarchie catholique s'est soldé par un échec.
Des troubles éclatent en France au cours des élections de 1869.
De concessions en concessions, l'Empereur renonce à la plupart de ses prérogatives que lui avaient reconnues la Constitution de 1852.
Le parlementarisme s'installe. Et, le Ministère de 2 janvier n'est plus constitué de Ministres choisis par Napoléon III mais par des proches d'Emile Ollivier, « Premier Ministre » depuis 1869.
C'est le déclin de l'Empire.
Un Sénatus-consulte proposant un régime plus libéral est proposé par plébiscite ( le 3ème depuis 1851). Le 8 mai, les réformes sont approuvées avec plus de 7 millions de « oui » ; et, le 22 mai 1970 est mise en place une nouvelle Constitution.
En juillet 1870, un incident diplomatique va précipiter la France dans le conflit franco-prussien ( Napoléon III s'oppose à la candidature « Hohenzollerm » au trône d'Espagne).
Bismarck[3], quant à lui, désire la ralliement des Etats de l'Allemagne du sud et pense qu'une guerre contre la France fortifiera le patriotisme allemand.
Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Les Français s'engagent dans un conflit pour lequel, l'armée n'est pas préparée et qui va se terminer en catastrophe : la défaite de Sedan.
Le 1er septembre, l' Empereur et 100 000 hommes sont enfermés dans Sedan. Pour éviter un inutile massacre, il fait hisser le drapeau blanc.
Le matin du 2 septembre, Napoléon III quitte Sedan pour rencontrer Bismarck et le Roi Guillaume 1er de Prusse. Le jour même, la captivité commence pour l'Empereur des Français, assigné à résidence au château de Wilhemshöhe, à Kassel, en Allemagne.
Le 4 septembre, Gambetta[4] annonce la déchéance de l'Empire et proclame la République.
Sans révolution, le régime instauré le 2 décembre 1851, s'effondre. L'Empire, si fort encore quelques mois auparavant, s'écroule, balayé par la défaite de Sedan.
EXIL ET MORT.
En mars 1871, l'Empereur déchu s'exile en Angleterre. Il rêve encore d'un coup d'état, mais une opération de la vessie met fin à ses projets.
Le 9 janvier 1873, Louis-Napoléon Bonaparte meurt à Chiselhurt (aujourd'hui Browley).
Il repose aux côtés de sa femme (décédée en 1920) et de leur fils unique, le Prince Impérial Eugène mort en Afrique du Sud en 1879 lors de la guerre anglo-zouloue, à l'Abbaye St Michael de Farnborough ( sud de l'Angleterre).
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Durant des décennies, on mit l'accent sur les méfaits du second Empire, soulignant notamment l'autoritarisme du « despote médiocre et sans scrupules », dixit Victor Hugo.
Il faudra attendre un siècle et le Général de Gaulle pour que l'élection du Président de la République se fasse, à nouveau, au suffrage universel.
Depuis les années 1980-90, l'historiographie réhabilite Napoléon III.
Malgré les stupides clameurs de la rue et toutes les
lâches défaillances, l'Empereur peut attendre avec
confiance le jugement de la postérité. Son règne
restera l'un des plus glorieux de notre histoire ».
Louis PASTEUR
[1] PAUPERISME : phénomène social caractérisé par un état de pauvreté endémique d'une population.
[2] CAVOUR ( Camillo, Comte de) : homme d'Etat italien. Il œuvra pour instaurer un royaume d'Italie.
[3] BISMARCK ( Otto von, Comte puis Prince - Duc von Lauenburg) Homme d'Etat prussien surnommé le « Chancelier de Fer ».
[4] GAMBETTA ( Léon) : avocat et homme politique français, adversaire de l'Empire, il proclame la République le 4 septembre 1870. Président de la Chambre en 1879.
Auteur : Patricia Vignaux-Sismondini